LE PHARE COMMUN
J’étais un navire porté par le vent,
chaque pensée de toi gonflait ma voile.
Puis, d’un coup, plus de brise.
Un calme plat.
Le silence de la mer me demanda :
« Où est passé le vent ? »
Tout m’a échappé,
comme l’horizon qu’on croit atteindre,
mais que le brouillard efface doucement.
Le soleil s’est caché
derrière un nuage voleur,
et l’océan, vaste et profond,
semblait soudain vidé de toute direction.
J’étais une coque pleine de vérités,
mais vide d’étoile polaire.
Naviguant nue, sans espoir,
guidée par la science des courants,
mais privée de feu au cœur.
Je flottais, sans, sans, sans toi.
Entre un appel noyé dans les abysses
et une réponse que les vagues ont étouffée,
tu me manques…
et je me suis perdue à me manquer.
Toi sur une rive, moi sur une autre.
Chacun sa traversée,
chacun son cap,
mais plus aucun phare commun.
Alors, quel est le port ?
Comment distiller le sel amer
pour en faire un élixir de route ?
Es-tu encore capitaine de ton navire ?
Suis-je encore digne de tenir la barre ?
Où voguons-nous ?
Que savons-nous encore des courants de l’autre ?
Je veux retrouver cette langue secrète
qu’on parlait quand nos boussoles battaient à l’unisson.
